Le 7 novembre 2025, les Pompiers13 étaient alertés pour un violent feu dans une maison à Salon-de-Provence, avec une victime restée coincée au premier étage.
Il y a des interventions qui marquent une vie, que ce soit par leur scénario digne d’une série Netflix ou leur dimension qui va bien au-delà de l’ordinaire. Celle vécue par l’adjudant Sylvain Guarascio et le caporal Michael Palomares en fait indéniablement partie. Avec le sergent-chef Christophe Lecoupeur et l’aide d’un policier municipal, ils ont tous les quatre sauvé une mamie des flammes lors du violent incendie qui a touché une maison d’habitation à Salon-de-Provence, le 7 novembre 2025. Récit d’une opération hors du commun lors d’un vendredi d’automne qui avait pourtant tout pour être banal.
« Je me dis à ce moment-là que la maison est perdue »
« C’était une journée tout à fait basique », se souvient l’adjudant Guarascio. « On avait commencé comme d’habitude par l’appel de la garde puis l’inventaire des véhicules. On est ensuite partis en visite de reconnaissance sur le secteur du théâtre Armand… Même si je suis prévu pour armer le fourgon pompe-tonne (FPT), je suis aussi chef d’agrès dans le deuxième VSAV avec Chris et Micha. Jusqu’à 11h00, c’est très calme. Zéro départ. On reprend tous le chemin de la caserne. Et là, le bip sonne. » La réquisition ne tarde pas à tomber : feu d’habitation, avec flammes visibles et présence d’une victime à l’intérieur.
« On n’a même pas réfléchi trois secondes », raconte Sylvain Guarascio. « Étant donné qu’on était encore dans le secteur avec le VSAV, on a convenu avec la caserne d’armer directement le FPT sur les lieux de l’incendie. » En arrivant sur place, la panique des habitants du quartier se fait sentir. « On voit une trentaine de passants affolés sur le côté, qui nous interpellent », décrit-il. « On se gare et on tombe rapidement sur le requérant avec un extincteur et le mari de la dame qui était encore à l’intérieur. Ils nous disent que le seul chemin d’accès à la maison, c’est une impasse. Je me retourne et je vois déjà les flammes qui lèchent le balcon et commencent à attaquer la toiture. Je me dis à ce moment-là que la maison est perdue. »
« Rapidement, je remonte dans l’ambulance pour passer un premier message d’ambiance », enchaîne l’adjudant Guarascio. « On ne prend même pas le temps d’attendre la réponse et on décide avec Chris et Micha de se séparer pour faire une reconnaissance. » Une première bonne décision qui va en amener d’autres. Car quelques instants plus tard, le caporal Palomares fait une rencontre fortuite, faisant basculer l’intervention du bon côté.
« En allant de l’autre côté de la ruelle, j’entends la victime appeler à l’aide puis je tombe sur un monsieur qui me dit que si je saute au-dessus de la clôture à laquelle je fais face, je tomberai sur une cour intérieure me permettant d’accéder à la mamie », détaille-t-il. « C’est ce que je fais et j’accède à cette fameuse cour, où je me retrouve devant une maison embrasée. J’entends à nouveau la mamie crier et j’aperçois ses mains à travers la fenêtre mais elle ne peut pas sortir à cause des barreaux. »
76 Pompiers13 au plus fort de l’action
« Je ne réfléchis pas : je vois un cabanon à côté de moi, je parviens à sauter dessus, ce qui me donne accès au premier étage et me permet d’avoir un premier contact physique avec la victime, piégée dans sa chambre », poursuit Michael Palomares, qui appelle immédiatement son chef d’agrès. Une fois réuni, le binôme est rejoint par le sergent-chef Lecoupeur. « On se retrouve Micha et moi, sur un petit rebord, et on demande à Chris, qui est en bas, d’aller chercher la disqueuse, en supposant que le FPT venait d’arriver », reprend Sylvain Guarascio, alors qu’au même moment, un nouveau coup de pouce du destin survient.
« D’un coup, on voit un policier municipal sorti de nulle part qui s’avance. Il nous dit qu’il nous a entendus et qu’en attendant d’avoir la disqueuse, il peut nous passer une pioche qu’il a ramassée. Il nous la donne et on commence à faire levier sur le premier barreau qui saute directement ! Là, on se dit : ‘ouf, on est sur la bonne voie !’ » La mamie ne pouvant toujours pas sortir, Sylvain Guarascio et Michael Palomares poursuivent leur action et font tomber les barreaux les uns après les autres. « On a tapé comme des acharnés dessus. Par chance, l’état du mur nous a facilité les choses ! », relève le caporal Palomares.
« Une fois que tous les barreaux sont tombés, je dis à Micha’ qu’il faut que j’aille à l’intérieur pour aider la dame à sortir », enchaîne Sylvain Guarascio. « Je saute, sauf que je me rends compte à cet instant que la mamie n’était pas du tout à hauteur de fenêtre et qu’elle était montée sur une chaise pour pouvoir nous voir… À ce moment-là, on se regarde avec Micha’, on respire un bon coup et on se dit qu’on va réussir si on reste calmes. »
Concentré sur son objectif, le binôme parvient à faire sortir la victime non sans mal. « J’ai eu soudainement une envie de vomir car j’avais pris une grosse bouffée de fumée à l’intérieur », confie l’adjudant Guarascio. « On n’avait aucune protection – juste la TSI – car les tenues étaient dans le fourgon qui n’était pas encore arrivé au moment où nous nous sommes présentés en premier sur les lieux et il fallait faire vite », ajoute le caporal Palomares, tout en poursuivant : « On parvient à faire sortir la victime de sa chambre et on revoit le policier municipal, avec une petite échelle de piscine à côté de lui. On lui demande de nous la passer pour nous aider à faire descendre la mamie. »
Comme si tout était cousu de fil blanc depuis le début de cette intervention, le sergent-chef Lecoupeur revient dans la foulée sur les lieux du sinistre. « Chris avait disqué le portail principal et je pense qu’il a dû voir qu’on était entrés dans la chambre de la mamie car il avait pris avec lui l’échelle à plans de l’EPS (échelle pivotante séquentielle) pour nous aider à redescendre », relate Sylvain Guarascio. Et de continuer : « Avec l’aide de Chris et du policier municipal, on parvient à faire descendre la mamie, puis à sortir… et c’est là qu’on tombe nez à nez avec le commandant des opérations de secours, en train de passer tous ses messages. Pour nous, l’intervention s’arrête là. »
Au total, 76 Pompiers13 armant 25 engins seront intervenus au plus fort de cette intervention qui aura notamment vu l’évacuation puis le confinement de 185 enfants et enseignants de l’école voisine.
L’intervention d’une vie
Rapidement pris en charge par les équipes médicales des Pompiers13, la mamie est transportée en urgence relative au centre hospitalier de Salon-de-Provence. Il en est de même pour Sylvain Guarascio et Michael Palomares, le binôme ayant inhalé des fumées lors de cette intervention qui a sauvé une vie. « On a appris par la suite que le premier étage s’était effondré une heure et demie après notre intervention », relate l’adjudant Guarascio, qui affirme : « Je pense sincèrement que si on n’avait pas pris la décision de partir directement sur les lieux au moment où le bip a sonné, on n’aurait pas pu sauver la dame. »
« Inconsciemment, on a provoqué notre chance, avec toutes ces bonnes petites décisions prises dès le début », continue Sylvain Guarascio, qui reconnaît que « le jour d’après était bizarrement plus compliqué à digérer. C’est le retour d’un peu tout. Pourtant, ça fait plus de 15 ans que je suis sapeur-pompier professionnel, ce sont des inters’ que l’on attend quand on est en caserne… C’est très paradoxal : sur le moment, je l’ai vécue comme une inter’ normale, avec un objectif à accomplir mais de l’autre, avec du recul, je me dis que c’est le genre d’inter’ qu’on ne fera peut-être qu’une seule fois dans notre vie. En plus, l’issue est belle et je l’ai réalisée avec Micha, dont j’ai été le formateur en formation initiale. On se comprend en un seul regard. »
« C’était la première fois que je me retrouvais confronté à un tel sauvetage », ajoute de son côté le caporal Palomares. « On a tendance à voir ça dans les films ! J’en ai réellement pris conscience le lundi matin, quand je suis retourné à la caserne pour prendre ma garde puis sur les lieux de l’incendie, pour faire un débriefing. C’est là où j’ai réalisé que j’ai été capable de grimper sur le toit d’un cabanon d’1,80 mètre de hauteur, que je pouvais rester très calme et agir avec sang-froid face à une situation qui n’est vraiment pas simple. J’ai mesuré à quel point notre métier exige cette capacité d’adaptation permanente, quelles que soient les circonstances, et que tout ce que l’on fait depuis des années ne sert pas à rien. »
« Lorsque nous répétons les manœuvres à la maison à feu au centre de formation départemental (CFD), nous le vivons de manière plus ludique ; ça nous amuse, nous prenons du plaisir mais en même temps, elles nous apportent bien plus que ce que l’on imagine sur le moment. Et sur cette intervention, cela s’est clairement ressenti », poursuit-il. « C’est pareil pour le sport où Sylvain, qui est notre référent à Salon, nous pousse beaucoup en caserne et à l’extérieur. Tout ça mis bout à bout a fait que ce jour-là, j’étais prêt. »
« Quand Micha dit ça, ça me fait plaisir car contrairement à ce que pensent certains, je ne suis pas sadique ! », sourit l’adjudant Guarascio, qui conclut : « Je suis exigeant, je pousse toujours un peu plus loin mais à chaque fois, je veux faire comprendre aux gars que ce genre de manœuvres, ils en feront peut-être qu’une seule fois dans leur vie. S’ils sont prêts et en bonne condition physique, alors ils la réussiront le jour-J. »



