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INTERVENTION SOUS LA PLUIE EN PLEIN MASSIF DE SAINTE-VICTOIRE : LE RÉCIT D’UN LONG APRÈS-MIDI POUR LE SMPM

Les équipes du Secours en milieu périlleux et montagne des Pompiers13 ont dû s’employer pour venir en aide à un randonneur blessé et égaré, samedi 24 janvier, sur le secteur de Saint-Antonin-sur-Bayon.

Ce n’est pas un secret : le massif de Sainte-Victoire est l’une des merveilles de la nature dont tout habitant des Bouches-du-Rhône peut être fier. Proposant des paysages dignes d’une carte postale, il est aussi un terrain de jeu plébiscité par les randonneurs… pour le meilleur comme pour le pire. Ce samedi 24 janvier 2026 en est un parfait exemple, avec une intervention qui va mobiliser pendant de longues heures les équipes du Secours en milieu périlleux et montagne (SMPM) des Pompiers13 du côté de Saint-Antonin-sur-Bayon.

La pluie avant la tempête de neige

Il est très précisément 15h50 quand l’alerte est donnée. De garde à Aubagne ce jour-là, le sergent Maxime Bonhomme est engagé en tant que chef d’unité SMPM. « On part pour un randonneur qui se serait égaré et se trouverait en fâcheuse posture dans le massif, ne pouvant ni remonter ni descendre », commence-t-il. « Il apparaît très vite que c’est un jeune homme qui a chuté et a une plaie à la tête. Il n’a pas de quoi se couvrir pour le froid ni pour s’isoler de la pluie. Il n’a pas de lampe frontale pour s’éclairer et la batterie de son téléphone est extrêmement faible. »

« En tant que chef d’unité, je demande l’engagement de l’hélicoptère Dragon 131 de la Sécurité civile pour essayer de l’extraire rapidement avant la nuit. Mais au regard des conditions météo, cette option est refusée et on nous indique qu’elle sera réévaluée au fur et à mesure du temps, en cas d’accalmie », poursuit Maxime Bonhomme, pour lequel une seule solution s’impose désormais : « On part en caravane de secours terrestre. On a un point GPS de localisation théorique de la victime et on s’aperçoit qu’elle se trouve dans aucun secteur ou sentier référencé. On décide alors avec l’équipe de gravir le sentier référencé le plus proche du point GPS, qui donne un accès direct sur la face sud de Sainte-Victoire. »

Une bonne première décision, qui va en amener d’autres malgré un contexte d’intervention très difficile. « On prend la pluie du début à la fin pendant l’ascension », se souvient le sergent Bonhomme. « Et lorsqu’on arrive au sommet, la nuit est tombée et les conditions météo se détériorent avec le brouillard et l’arrivée d’une tempête de neige. Je demande alors l’engagement d’une deuxième unité pour faire monter en puissance le dispositif, en lien avec le référent journalier SMPM qui a géré toutes les coulisses logistiques de l’intervention entre le Codis et le pilote du Dragon. L’idée est de faire transiter la seconde équipe, qui est plus fraiche sur le plan physique, par un autre point et qu’ils viennent avec des affaires chaudes et du thé pour la victime, limitant ainsi le risque d’hypothermie. Mais on réalise que le temps joue en notre défaveur. »

Malgré des conditions de plus en plus difficiles, la première unité du sergent Bonhomme poursuit son avancée. « On arrive sur la crète de Sainte-Victoire et on voit une combe. On se dit que la victime aurait très bien pu emprunter cette voie. Instinctivement, on choisit de descendre, en commençant à travailler directement sur corde. On se met alors à crier en espérant que la victime puisse nous entendre. Mais nous n’avons pas de retour. »

« Les gars sont allés au bout d’eux-mêmes »

Sauf que quelques instants plus tard, une information capitale parvient à Maxime Bonhomme et ses équipes. « En lien avec le référent de la base et le pilote de l’hélicoptère, la victime les a informés qu’elle entendait des gens crier, ce qui nous conforte qu’on va dans la bonne direction. On continue donc notre progression et on finit par arriver à avoir un contact vocal avec la victime. » Il est environ 21h et l’intervention est loin d’être terminée.

« On arrive à descendre en ajoutant des cordes et on tombe effectivement sur un jeune homme, seul et en hypothermie, ne pouvant plus bouger », constate Maxime Bonhomme. « Il avait seulement une veste et des chaussures de randonnée basiques, ce qui n’était pas adéquat. L’un de mes gars lui prête alors une polaire pour qu’il puisse se réchauffer et on a commencé la phase de remontée, qui était très compliquée sur le plan physique, avec des conditions météo qui n’aident pas. »

Raison de plus pour adopter une posture à la fois prudente et méthodique. « On savait que c’était une phase critique de l’opération alors on a encore plus régulé notre procédure pour remonter la victime, en axant vraiment sur la sécurité afin de faire les bons gestes et ne pas avoir d’accident. Mentalement, je peux dire que les gars sont allés au bout d’eux-mêmes car ce n’était vraiment pas facile. Tout le monde était détrampé à cause de la pluie », tient à souligner le sergent Bonhomme.

Une fois la victime remontée, la deuxième équipe arrive également sur les lieux. Deux solutions se présentent alors. « Soit on trouve une fenêtre météorologique favorable pour faire venir le Dragon et évacuer la victime, soit on marche jusqu’au refuge du Prieuré pour mettre la victime au chaud, en espérant une accalmie. » La première option est finalement choisie, non sans mal. « Quand on est sortis de crète, le Dragon a fait trois tentatives pour nous récupérer. Nous, on devait marcher tout le temps vers l’Est car le brouillard nous suivait. Mais on a réussi et le Dragon a pu nous récupérer en deux norias pour ensuite nous poser sur le parking du Chinois. » Il est alors presque minuit et la victime est transportée jusqu’au centre hospitalier d’Aix-en-Provence.

« Une randonnée peut toujours mal tourner »

Pour le sergent Bonhomme, le jeune homme qui a été secouru a « pris conscience qu’il a eu de la chance. Et on peut s’estimer heureux de l’avoir retrouvé car on est partis sur le bon chemin au bon moment… Je n’ai pas de boule de cristal mais qui sait ce qui se serait passé si ça s’était déroulé différemment… »  L’occasion pour lui de faire passer les bons messages. « Il faut garder à l’esprit qu’une randonnée qu’on a fait plusieurs fois peut toujours mal tourner. C’est pourquoi il faut être prêt : avoir le bon équipement, un petit nécessaire dans son sac, de quoi se couvrir, une lumière frontale si la nuit tombe. »

« Il faut aussi garder en tête de rester sur les sentiers balisés », insiste Maxime Bonhomme, qui pointe également du doigt une problématique inhérente au développement des applications de randonnée : « Elles fonctionnent avec le bouche-à-oreille et donnent des itinéraires qui ne sont pas forcément adaptés à des gens non-expérimentés. Il y a donc une certaine disparité de niveau et cela peut amener à des situations où des gens pas du tout préparés pour certains sentiers se retrouvent dans des positions délicates. »

Pour rappel, le SMPM des Pompiers13 peut s’appuyer sur 84 personnels professionnels et volontaires, à savoir 28 chefs d’unité et 56 équipiers. Ces derniers sont mobilisés sur une dizaine de situations différentes, dont les trois plus courantes sont des interventions pour des personnes blessées, égarées ou des malaises. L’activité sur laquelle cette unité spécialisée reste le plus mobilisée concerne la randonnée et le massif dans lequel est le plus engagée est celui de Sainte-Victoire.

Raison de plus pour suivre un entraînement rigoureux au quotidien, comme l’explique le sergent Bonhomme. « On a des créneaux tous les mardis et jeudis et ces entraînements ne sont jamais annulés », détaille-t-il. Avant de conclure : « Il est clair qu’une intervention sous grand soleil ne sera pas du tout la même que dans des conditions difficiles. C’est quelque chose qui fait partie intégrante de nos interventions et c’est justement pour cela qu’on s’entraîne peu importe les conditions météo : pour avoir une réponse opérationnelle complète le jour-J. »

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