Opérationnel depuis le 29 avril 2025, le centre d’incendie et de secours d’Aix – La Torse peut compter sur ses 146 Pompiers13 pour protéger le centre-ville et les quartiers Est d’Aix-en-Provence. Immersion avec la garde, le temps d’une journée.
« Cela fait six ans que je suis sapeur-pompier volontaire et pour la première fois, j’ai eu envie de faire une saison feux de forêt dans un autre département pour voir autre chose. Je suis super contente de ce que j’ai vécu cet été car j’ai pris énormément d’expérience en quelques mois dans les Bouches-du-Rhône. » Ces mots, ce sont ceux du sapeur Edwige Bonhomme. Basée dans la Loire, où elle est aide-soignante dans la vie professionnelle, elle a embrassé un engagement volontaire après avoir été jeune sapeur-pompier. « Cela m’offre une autre perception de la vie, j’ai appris à relativiser sur beaucoup de choses », confie-t-elle, ajoutant qu’elle gardera « un bon souvenir et des contacts » après son passage de quatre mois au centre d’incendie et de secours d’Aix – La Torse.
Une meilleure couverture opérationnelle sur le secteur aixois
Opérationnelle depuis le 29 avril 2025, cette nouvelle caserne compte au total 145 sapeurs-pompiers et un agent administratif, avec un effectif de garde à 15 personnels Pompiers13 pour une moyenne haute de 25 interventions par jour. Proche de Sainte-Victoire, Aix – La Torse sert aussi de centre support pour le Secours en milieu périlleux et montagne (SMPM) et peut compter sur douze engins adaptés à son secteur d’intervention, à savoir le centre-ville et les quartiers Est d’Aix-en-Provence. De quoi renforcer la couverture opérationnelle sur ce territoire et justifier l’investissement de sept millions d’euros du Département, auquel s’ajoutent 300 000 euros engagés par le Sdis13 pour l’équipement et le mobilier.
« C’est une vraie plus-value d’avoir des locaux neufs, d’autant qu’ils sont dimensionnés comme il le faut et adaptés à notre nombre de personnels de garde », résume l’adjudant-chef Rémy Donat, sous-officier de garde du jour. « C’est sûr qu’on se cherche moins qu’à La Chevalière ! », plaisante-t-il, avant de poursuivre : « Pour nous, ça a été un vrai changement car ceux qui sont partis de La Chevalière pour aller à La Torse se sont retrouvés dans quelque chose de totalement nouveau. Il y a donc forcément eu un temps d’adaptation pour trouver ses marques mais tout le monde tire dans le même sens. Il y a une ambiance propice au travail puis à la camaraderie quand il le faut. »
Cet équilibre entre travail et camaraderie se ressent dès le matin, à 7h15, au moment du début de la garde. « On fait le rassemblement puis on enchaîne avec les inventaires des véhicules », détaille l’adjudant-chef Donat. « On a tellement de matériels que c’est un travail assez minutieux, qui prend du temps, mais il est important de pouvoir vérifier que tout est en règle et que tout fonctionne, ne serait-ce que pour notre sécurité. » La journée se poursuit ensuite avec une manœuvre ou l’instruction de la garde avant de s’adonner à une grosse séance de sport collective.
Poser sa pierre à l’édifice
« Ici, à La Torse, on aime bien le foot… », sourit Rémy Donat, même si certains Pompiers13 essaient d’instaurer un peu plus de séances avec un certain ballon ovale. « Le sport est un très bon moment pour la cohésion du groupe mais aussi pour soi-même. Notre activité est physique et c’est important d’être en bonne santé. En plus, on a la chance d’avoir un grand complexe sportif juste à côté de la caserne. » L’après-midi, entre deux interventions, chacun vaque à ses occupations dans les différents services fonctionnels de la caserne. Pas le temps de s’ennuyer dans cet écrin où règne un « vrai esprit de fraternité », comme le confie le sergent Charles Cordiez.
« On aime être dans l’effort ensemble, que ce soit au sport ou en inter’ », relève-t-il. « C’est important car ce n’est pas toujours facile, il y a des nuits parfois difficiles dans l’ambulance ou des chantiers pas toujours agréables. Mais il y a toujours les copains derrière et ça, ça aide », ajoute celui pour qui devenir sapeur-pompier professionnel est devenu une vocation à l’adolescence. « Pourtant, personne de ma famille n’était dans ce milieu ! Je connaissais juste de l’extérieur », raconte le sergent Cordiez. « Mais je voulais un métier qui avait du sens et aider mon prochain. Être au contact de la population, c’est quelque chose qui me plaît. »
« Je pense que j’ai eu le déclic au moment où j’ai fini mon bac », continue-t-il. « J’étais déjà volontaire et je sentais que ça m’avait apporté un plus en termes de maturité et de rigueur par rapport à mes camarades. Je me suis ensuite lancé dans un BTS mais j’ai très vite senti que j’étais mordu par les pompiers. C’est pourquoi j’ai d’abord intégré le Bataillon de marins-pompiers de Marseille, où j’y ai passé plus de sept ans, avant d’être recruté par le Sdis 13 en 2017 à Miramas. J’ai ensuite basculé à La Chevalière puis j’ai fait le choix de venir à La Torse. »
Père de deux enfants, dont l’aîné a quatre ans, il est bien évidemment trop tôt pour le sergent Cordiez de savoir si ses garçons suivront sa route, même si la curiosité est déjà bien présente. « Mon petit Paul commence en m’en parler depuis un an car il me voit partir tous les jours ! Et quand je rentre le soir, sa grande question, c’est : ‘Papa, tu sauvé quoi aujourd’hui ?’ », raconte-t-il avec le sourire. « Je lui explique alors que je ne sauve pas tous les jours quelqu’un mais que je dois être présent si on m’appelle. Je pense qu’à cet âge-là, on est un peu leurs modèles. Paul dit déjà qu’il veut faire pompier dans le même centre que papa ! Il a déjà visité la caserne, fait le tour des camions… », enchaîne Charles Cordiez, qui a un message à faire passer aux jeunes souhaitant s’engager : « Sapeur-pompier, c’est une vocation ou un métier qui fait grandir et donne une place dans la société. On est un citoyen qui pose sa pierre à l’édifice, en faisant attention à la fois aux autres et à soi. »
« Impliqués à 100% »
Ces questions sur le métier de sapeur-pompier, le sergent Olivier Barbier a lui aussi pu les poser très tôt. « Mon père est professionnel dans le Var donc on peut dire que j’ai baigné dans le milieu assez jeune ! » Aujourd’hui âgé de 31 ans, le voilà à son tour professionnel après avoir passé le concours de caporal en 2018. « Tout me plaît. Le côté humain, notamment, où on passe parfois 24h en caserne et on construit des relations les uns avec les autres. Puis, sur les inters… Que ce soit sur du secours et soins d’urgence aux personnes ou sur de l’incendie, on a besoin d’être impliqués à 100% et ça me correspond totalement. »
L’implication, justement, c’est aussi ce qui a attiré le sapeur de 1ère classe Benoit Champetier de Ribes. Étudiant en droit sur Aix-en-Provence, il a démarré son engagement il y a deux ans pour « se confronter à la vie » dans la société actuelle. « Je découvre des choses que je n’aurais jamais pu voir en restant chez moi. On rencontre parfois des gens qui sont dans une vraie misère sociale et c’est une sacrée expérience de vie », ajoute-t-il. De là à transformer son engagement en métier ? « Je n’ai pas encore tranché car honnêtement, le droit me plaît beaucoup ! Ce qui est sûr, c’est que je suis toujours très heureux de venir à la caserne. C’est un vrai repère pour moi, d’autant que je suis le seul de ma famille à vivre dans le Sud par rapport aux études. Et le fait d’être avec les pompiers, ça me change aussi de la fac, où il n’y a pas le même rapport entre les gens. À la fac, pendant les pauses ou les temps d’attente entre deux cours, on passe tout notre temps sur nos téléphones. Ici, à la caserne, on discute, on échange et ça crée du lien. »
« Il y a toute une synergie à redécouvrir »
Pour maintenir cette dynamique à La Torse, la caserne peut compter sur son chef de centre, le capitaine Quentin Méziane, 29 ans au moment de prendre officiellement le commandement du centre d’incendie et de secours au cœur de l’été 2025. « J’ai commencé à l’âge de 14 ans en intégrant à l’époque la section des jeunes sapeurs-pompiers de Salon-Pélissanne », se remémore-t-il. Devenu volontaire à Miramas, il a ensuite passé le concours de capitaine en 2019 alors qu’il était en alternance au sein du groupement Risques industriels et technologiques du Sdis 13. « Quand j’ai réussi le concours, l’établissement m’a embauché au poste sur lequel j’étais. J’ai ensuite basculé sur la prévention et le management du territoire, avant d’intégrer La Chevalière au poste de chef de bureau Formations. Je suis ensuite devenu adjoint au chef de centre puis chef de centre à La Torse, au moment où la caserne est devenue opérationnelle. »
Si le parcours est déjà bien rempli, cela n’empêche pas l’Homme de garder les pieds sur Terre. « Le fait d’avoir été sapeur-pompier tôt m’a permis de grandir plus vite », relève le capitaine Méziane, qui enchaîne : « Je n’ai jamais eu de problème de légitimité par rapport à mon âge. Généralement, les gens savent faire la part des choses. » Tout comme sur son rôle de chef de centre. « C’est ce que je voulais faire et j’apprends encore tous les jours. Être chef de centre, ce n’est pas la même chose qu’être adjoint. Là, on se retrouve comme le dernier maillon de la chaîne au niveau local. Et à titre personnel, je pense être toujours ouvert à la discussion mais quand il faut trancher, je le fais. Et quand il faut expliquer, je le fais aussi. »
Un juste équilibre, là encore, que Quentin Méziane arrive à trouver dans ses passions une fois la tenue de Pompier13 enlevée. « Je pratiquais beaucoup le tennis mais j’ai arrêté depuis quelques années pour me mettre à la boxe. Je fais aussi beaucoup de moto et depuis que j’ai déménagé en bord de mer, je vais également à la pêche », confie-t-il, tout en poursuivant : « C’est la bonne balance entre vie professionnelle et vie privée, même si ces derniers mois, c’est un peu faussé avec l’ouverture de la caserne et la saison feux de forêt. Il faut être disponible, c’est le poste qui veut ça et je l’ai choisi. »
Malgré des premiers mois chargés dans sa nouvelle vie à La Torse, le capitaine Méziane en garde le meilleur. « Cela a été un renouveau pour tout le monde. Il y a eu un petit déracinement par rapport à La Chevalière, avec un pincement au cœur chez certains, mais je pense qu’on est bien dans ces nouveaux locaux », note-t-il. Avant de conclure : « Il y a toute une synergie à redécouvrir, avec désormais une couverture opérationnelle de la commune d’Aix par trois centres, et chacun se fait sa place. »



