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NICOLAS CHUPIN : “J’AI SENTI QU’IL FALLAIT QUE J’APPORTE UN PEU PLUS DE SENS À MON QUOTIDIEN”

Interview avec le sapeur première classe Nicolas Chupin, Pompier13 volontaire au centre d’incendie et de secours de Concors.

Peux-tu te présenter et nous raconter ton parcours ?

Je m’appelle Nicolas Chupin, je vais bientôt avoir 39 ans et je suis sapeur-pompier volontaire à Concors depuis quatre ans. Côté professionnel, j’ai eu de nombreuses vies mais mon expérience la plus marquante est celle que j’ai actuellement chez Enedis. Je suis encadrant-responsable de groupe depuis dix ans. J’ai passé six années à Montpellier avant de revenir là d’où je viens, c’est-à-dire dans le secteur d’Aix-en-Provence ! Il y a eu le Covid, je suis devenu papa d’une petite fille qui a 4 ans aujourd’hui et tout cela m’a fait réfléchir… J’avais besoin de me tourner vers des choses que je n’avais pas pu faire plus jeune.

Quand j’étais ado, j’avais très envie de devenir pompier. Mais quand tu as goûté à l’argent et tu as beaucoup travaillé pour construire une carrière, c’est compliqué de se séparer de tout ça. En tant que manager, tu surveilles et connais un peu tous les sujets mais tu te rends comptes que tu es plus dans l’animation qu’autre chose. J’ai senti qu’il fallait que j’apporte un peu plus de sens à mon quotidien, avec davantage de valeurs et une dimension humaine plus forte.

D’où un engagement en tant que sapeur-pompier volontaire ?

Revenir dans les Bouches-du-Rhône était une belle occasion de m’engager dans un centre d’incendie et de secours. Je me suis tourné vers Concors car je voulais intégrer une caserne à dimension plus humaine, même si c’est paradoxal car on a tous l’envie de ‘manger de l’inter’ comme on dit dans notre jargon. Mais le fait d’être sept à la garde, de pouvoir passer de connaissances à amis à force de se côtoyer pendant 12, voire 24 heures, de revoir les mêmes personnes l’extérieur… Il y a un effet vie de groupe qui est assez fort.

Et puis, sincèrement, j’éprouve beaucoup de plaisir dans nos missions au quotidien. Je pense que le fait de devenir papa a développé chez moi plus d’empathie envers les gens et je suis toujours touché par les situations de vie que l’on rencontre sur le terrain. Tout cela te remet vraiment les pieds sur terre car tu vois certaines choses que tu ne verrais pas ailleurs… C’est quelque chose que je raconte beaucoup dans ma vie professionnelle mais aussi à ma femme : je relativise davantage sur ce que j’ai aujourd’hui.

En plus de ton activité professionnelle et de ton engagement en tant Pompier13 volontaire, tu t’es également lancé dans une troisième activité…

Il faut dire que je suis un vrai boulimique : il faut tout le temps que je fasse quelque chose ! Concernant ma boîte, qui s’appelle “Tricoderm Expert” et est basée à Aix-en-Provence, je me suis aperçu que j’étais de moins en moins chevelu il y a quelques années. À ce moment-là, tu te dis que tu ne veux pas te raser la tête, que tu vas être horrible… Il y a un vrai complexe. J’ai alors testé une technique basée sur de la pigmentation et du pointillisme. Et je peux dire que ça a changé ma vie.

Pour faire simple, j’ai une machine, comme si c’était pour réaliser un tatouage, sauf que j’utilise des pigments biorésorbables. Sur une tête, je peux faire 10 000, 15 000, même 20 000 points si j’en ai envie. Et plus je resserre le maillage de ces points, plus cela donne un effet d’ombrage sur le cuir chevelu. Du coup, la zone clairsemée se voit moins puisqu’il y a moins de contraste avec la couleur de la peau, vu que j’y ai apporté de la pigmentation.

Au-delà de l’aspect esthétique, il y a surtout un aspect psychologique important et c’est en cela qu’il est important pour moi d’aider les gens. Les hommes, avec les années, ils se sont faits à l’idée qu’être Bruce Willis ou Jason Statham, c’était sexy ! En revanche, une femme a beaucoup plus de mal à accepter de perdre ses cheveux et il faut le prendre en compte. Il y a donc tout un accompagnement derrière, d’autant que le résultat est presque immédiat : quatre heures d’intervention et après, tu rentres chez toi ! C’est aussi une technique non-chirurgicale, contrairement à la greffe. C’est sans risque contrairement à la Turquie, où il n’y a pas de service après-vente !  

Je peux également réaliser des corrections de cicatrices ou de brûlures sur le cuir chevelu, même si comme toute technique, la mienne a ses limites ! Un jour, j’ai une personne qui s’est présentée à la suite d’un problème de santé. Il avait deux brûlures à l’arrière de la tête et je n’ai pas pu l’aider car il fallait une pigmentation de la peau pour créer du volume mais il ne voulait pas se raser. Donc c’était impossible…

Malgré tout cela, tu arrives à trouver un équilibre de vie, notamment avec ta famille ?

J’arrive à en profiter, même si j’aimerais le faire davantage. Mais ce n’est pas mon engagement de sapeur-pompier qui me contraint : c’est le fait qu’il y a beaucoup de choses qui m’attirent et que j’ai envie de les tenter ! Malgré tout, j’ai la chance d’avoir une certaine flexibilité.

En revanche, être papa et devenir sapeur-pompier en même temps m’ont fait prendre conscience que la prévention est très, très importante. Je sais que je suis devenu un peu pénible là-dessus mais par exemple, j’apprends à ma fille de quatre ans à mettre sa mère en position latérale de sécurité. Cela fait partie des gestes qui sauvent et je pense que plus on apprend cela jeune, mieux on est réceptifs ! Je me dis d’ailleurs que ça serait bien qu’un jour, ma fille sache composer le 18 ou le 112 et répondre aux questions posées par le pompier au téléphone.

Quel message souhaites-tu faire passer à des gens qui aimeraient se lancer et devenir Pompier13 volontaire ?

Déjà, tu vas t’ouvrir à un monde avec de la rigueur et de la discipline mais où paradoxalement, toutes les strates d’une garde font la même chose sur plein d’aspects de la vie commune. Quand tu va nettoyer la cuisine ou les toilettes, tu peux être sapeur première classe comme moi ou adjudant, on est tous au même niveau. On fait les choses ensemble et il y a un vrai effet de groupe.

Il y a une vraie force collective et il faut bien l’avouer : ce n’est pas quelque chose que tu retrouves forcément dans la vie civile. Et puis, chez les pompiers, tu évolues avec des personnes sur lesquelles tu dois pouvoir compter, notamment quand tu pars en intervention. Il y a donc quelque chose de très fort, humainement parlant.

C’est aussi une ouverture aux autres : tu donnes de ton temps, tu partages…  Quand je rentre d’intervention et que je sors de l’ambulance, je me rends compte que je ne me souviens pas du sang ou des plaies mais plus des gens à qui j’ai parlé, des regards, des émotions… Et ça te rend plus humain, surtout dans une société très matérialiste.

Il y a aussi cette notion d’engagement, où tu deviens acteur, pas seulement de ta vie, mais aussi de celle des autres, même de personnes que tu ne connais pas. Tu te découvres dans des situations où tu ne pensais pas être capable de faire certaines choses.

Donc à celles et ceux qui hésitent, je leur dirai d’oser et de franchir le pas. Que tu sois jeune ou moins jeune, comme moi, cela reste une expérience incroyable.

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