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LOUIS BONFILS : « J’AI APPRIS LA GESTION DU FEU À 7 ANS… ET ÇA NE M’A PAS QUITTÉ DEPUIS ! »

Interview avec le lieutenant-colonel Louis Bonfils, ancien responsable de l’équipe Emploi intégré du feu au sein du groupement Risques naturels et feux de forêt des Pompiers13.

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours ?
Je m’appelle Louis Bonfils et j’ai commencé mon engagement en tant que sapeur-pompier volontaire dans le Var. Dans ma famille, j’avais un oncle qui était médecin volontaire dans les villages. L’un de mes cousins était également sapeur-pompier volontaire et l’un de mes frères est devenu volontaire puis officier de sapeur-pompier professionnel, toujours dans le 83. Mais ce qui a vraiment été l’élément déclencheur est le décès de l’un de mes amis, Patrick Rosso, mort au feu en mars 1980. Je me suis alors dit que ce qu’il faisait était bien et j’ai décidé de m’engager à mon tour trois mois plus tard. C’est comme ça que je suis devenu sapeur-pompier volontaire à Draguignan, puisqu’à l’époque, il n’y avait pas la départementalisation.

J’ai fait plusieurs années comme ça, j’ai connu les grands feux des années 1980 puis la vie a fait que j’ai été militaire. J’ai ainsi servi dans les formations militaires de la Sécurité civile, ce qu’on appelle aujourd’hui la brigade des militaires de la Sécurité civile, et j’y ai occupé plusieurs postes. J’ai notamment travaillé pendant quatre ans à la direction générale de la Sécurité civile, où j’ai été chef de l’unité d’intervention de la Sécurité civile numéro cinq, puis j’ai fait quelques années au sein de l’École nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers (Ensosp) à la Mission internationale.

Fin 2011, je me suis engagé à Valabre et j’ai fini par reprendre mon engagement de sapeur-pompier volontaire car les fonctions que j’occupais à la Sécurité civile ne me permettaient pas toujours de continuer. J’ai donc été volontaire au sein du Sdis des Alpes-de-Haute-Provence avant d’arriver dans les Bouches-du-Rhône, quand le colonel Grégory Allione a pris la tête du Sdis. L’établissement m’a alors positionné au groupement Risques naturels et feux de forêt, notamment au sein de l’équipe des feux tactiques, qui fait partie aujourd’hui de la spécialité Emploi intégré du feu avec le brûlage dirigé.

Aujourd’hui, je suis plus en retrait car il y a pile un an, je suis arrivé à mes 65 ans ! J’ai donc souhaité laisser la place aux jeunes et c’est Nicolas Rabouin qui m’a succédé à la tête de l’équipe Emploi intégré du feu. Mais je reste toujours là pour aider. Cet été, j’ai dit à tout le monde que je ne prendrai pas de garde ni d’astreinte mais que s’il y avait besoin d’aide pour une relève, je serai là. J’ai aussi arrêté de donner des disponibilités en tant qu’officier d’investigation aérienne au centre opérationnel de la zone Sud mais aussi pour Horus au sein des Pompiers13. Ces derniers mois, mon quotidien se résume plus à des tâches administratives.

Sur le feu de forêt à proprement parler, on constate que ce dernier touche ces dernières années des zones du territoire français auxquelles on n’aurait pas forcément pensé auparavant… Comment l’expliquez-vous ?
Le changement climatique joue incontestablement un rôle. On voit que la partie nord du pays est de plus en plus touchée et cela nécessite une adaptation à cette situation car il faut par exemple accepter que les moyens aériens de la zone Sud, qui sont des moyens nationaux, partent dans ces zones-là. Même nos moyens terrestres sont de plus en plus partagés avec les autres départements. J’ai souvenir de l’été 2022, où il y avait moins d’incendies dans les Bouches-du-Rhône contrairement à d’autres territoires du pays. Et personnellement, j’ai plus passé mon été en Isère et en Gironde où il y avait des feux que chez nous !

Il faut s’y habituer mais c’est aussi pour cela qu’au sein des Pompiers13, on est aujourd’hui mieux préparés aux départs, que ce soit pour les opérations intérieures ou extérieures. On a beaucoup progressé ces dernières années là-dessus en ce qui concerne les équipes feux de forêt et on forme aujourd’hui nos personnels sur quatre modules : santé, administratif, logistique et psychologique.

Autre point à prendre en considération, la façon dont on traite les feux. On sait que les ressources en eau ne sont pas inépuisables. En quoi le feu tactique constitue-t-il une alternative ?
Il faut d’abord avoir à l’esprit que l’avantage de notre spécialité, c’est qu’elle peut être utilisée de plusieurs manières sur un chantier. La première, c’est le feu tactique à proprement parler. On sait qu’on n’a pas beaucoup de temps, il faut faire un contre-feu que l’on va allumer assez près du front de flamme. Le feu allumé par nos soins va alors être attiré par le front de flamme et ce dernier va venir mourir dans le nôtre. Ensuite, il y a le brûlage tactique, quand les délais sont un peu plus longs. Une heure, deux heures, voire trois heures… Là, on va avoir le temps de brûler une parcelle de terrain et quand le feu va arriver sur cette zone, il n’aura alors plus rien à manger. Vers la fin du feu, on a aussi ce que l’on appelle le ralliement de lisières. Nous, on brûle une partie qui se trouve entre la route ou le chemin et la lisière, ce qui fait que les camions chargés en eau n’auront plus à établir les tuyaux pour aller jusqu’à la lisière. La partie brûlée s’arrêtera près de la route ou du chemin et il ne restera plus qu’à noyer le feu.

L’autre avantage, c’est que nous sommes extrêmement mobiles comparé à un groupe d’intervention feux de forêt. On a moins d’engins à faire passer et on peut donc plus facilement se déplacer sur le terrain. On sait aussi où se trouve précisément le feu, ce qui fait qu’on peut se retrouver à officier en tant que Renseignements terrain au sein d’un poste de commandement pour justement dessiner le contour du feu. Cela m’est par exemple arrivé en 2022, quand j’étais parti sur les feux d’Isère et de Gironde. Il y a aussi la défense de points sensibles, où l’on peut allumer directement un feu devant des maisons pour les protéger.

En résumé, le plus gros pavé dans tout ce que l’on fait, c’est que l’on allume des feux ! Mais c’est une alternative qui montre que l’on peut parvenir à éteindre des incendies sans eau quand la situation le permet. Je l’ai vécu lorsque j’ai été mobilisé sur des feux en Corse où, lorsqu’il fallait défendre les villages sur les hauteurs, nous avions utilisé les feux tactiques pour ne pas tirer sur les réseaux d’eau. Car si on le faisait, la population se serait retrouvée sans eau pendant très longtemps. C’est vraiment une solution alternative, même lorsqu’il y a une pénurie d’eau. Mais encore une fois, il faut que les conditions soient réunies pour le faire.

Dernière question : quel message pouvez-vous faire passer à des gens qui aimeraient se lancer et devenir Pompier13 volontaire ?
Il faut foncer. On a toujours besoin de monde, même s’il faut savoir que c’est un engagement pour lequel il faut être passionné et que le risque zéro n’existe pas. Peu importe l’intervention, on ne peut pas gérer à 100 % tous les paramètres, même si on est préparés. On le voit sur le feu de forêt par exemple, où le microclimat ne prévient jamais et où le vent peut tourner rapidement… On n’est pas là pour mourir mais il faut bien être conscient que ce que l’on fait comportera toujours une part de risques.

Après, la passion fait que l’on reste. Regardez, à mon âge… Même si je suis en retrait, je suis encore là pour aider ! Et quelque part, cette passion, je me dis que je l’ai vraiment depuis que je suis tout petit. Je me souviens qu’avec mon grand-père, on faisait des petits feux d’hiver, avec des branches, pour nettoyer les restanques à la campagne. Donc la gestion du feu, je l’ai apprise quand j’avais 7 ans… et ça ne m’a pas quitté depuis !

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