Interview avec le sapeur de première classe Jules Barneoud, Pompier13 volontaire à Sénas après avoir réussi son brevet de jeune sapeur-pompier en 2026.
Est-ce que tu peux te présenter et nous raconter ton parcours ?
Je m’appelle Jules Barneoud et j’ai 17 ans. Je suis actuellement au lycée Honoré-Romane à Embrun (Hautes-Alpes), dans une classe de terminale en sciences et technologies de la santé et du social. Je suis dans ce lycée pour une section qualificative d’escalade, car j’adore ce sport et je me suis spécialisé là-dedans. À côté, je suis un ancien jeune sapeur-pompier de Sénas. J’ai terminé ma formation début juin et j’ai poursuivi en tant que sapeur-pompier volontaire depuis juillet, toujours à Sénas.
Est-ce qu’il y a quelque chose qui t’attirait déjà chez les sapeurs-pompiers quand tu étais plus jeune ?
Quand j’avais 10-12 ans, mes « tontons » étaient marins-pompiers à Marseille. Ce côté militaire m’a toujours attiré, avec des valeurs comme le sport, la discipline… Et je me suis dit que moi aussi, j’avais envie d’être là-dedans. Je me suis renseigné et j’ai vu les jeunes sapeurs-pompiers. Ma mère m’a aidé dans les recherches, j’ai poussé le projet et je me suis lancé.
Qu’est-ce qui t’a le plus marqué dans cette expérience ?
Ce qui m’a marqué, c’est un peu ce côté paramilitaire et l’esprit de groupe. Dès le début, on nous poussait à être meilleurs tous ensemble et on a tout de suite eu des responsabilités. Car oui : on a la responsabilité d’être jeune sapeur-pompier et on doit être aptes à intervenir s’il se passe quelque chose au quotidien. Cela instaure tout de suite une part de maturité, ça m’a poussé à être discipliné, à être meilleur en cours mais aussi physiquement.
Les jeunes sapeurs-pompiers, c’est quatre ans de formation, tous les samedis. Donc c’est long, mais ça forge un groupe et une super cohésion. On a tous grandi ensemble.
Est-ce qu’il y a une intervention ou un moment particulier qui t’a marqué depuis que tu es devenu sapeur-pompier ?
J’ai eu beaucoup d’interventions plus ou moins intéressantes. Mais je pense que celle dont j’aimerais parler aujourd’hui, c’est ma première intervention au fourgon pompe-tonne. La foudre avait frappé une toiture au deuxième étage et transpercé les tuiles. Sur deux à trois mètres, il y avait des points chauds. C’était une intervention en binôme d’attaque.
Évidemment, quand je monte dans le véhicule, je m’équipe de l’appareil respiratoire individuel (ARI) et de tous les équipements. Mon pouls était à 200, il y avait beaucoup d’adrénaline ! J’étais super content, quelque part, parce que j’avais l’opportunité d’appliquer ce que j’apprenais depuis quatre ans et j’attendais ça. Sur place, on a fait du déblaiement en cassant les tuiles et on a éteint les différents points chauds de la toiture. Cela a duré trois heures à peu près.
Tu as également eu l’occasion de vivre une expérience à New York. Comment cette opportunité s’est-elle présentée ?
Ce sont mes formateurs, quand j’étais jeune sapeur-pompier, qui ont proposé ce projet de partir commémorer les 25 ans du 11-Septembre à New York. L’un des formateurs nous avait dit que c’était beaucoup d’investissement, que les années qui allaient suivre allaient être plus intenses, mais que c’était quelque chose d’exceptionnel. Et que si on y arrivait, on allait ressortir de quatre ans de formation marqués à vie.
On était à fond dès le départ, tous ensemble et motivés. Et pendant toutes ces années, on a monté des lotos, des tombolas, des ventes de calendriers et d’écussons… Tout cela pour pouvoir accéder au voyage. C’était beaucoup de travail, mais on a réussi, tous ensemble.
Comment s’est déroulé le séjour sur place ? Est-ce que vous avez pu découvrir le fonctionnement des sapeurs-pompiers new-yorkais ?
On avait une bonne organisation. On a visité New York, le musée du World Trade Center… On a aussi pu visiter plusieurs casernes du Fire Department of the City of New York (FDNY) et leur centre de formation. Je pense d’ailleurs que c’est l’une des visites qui m’a le plus marqué parce que c’est là qu’on se rend compte qu’il y a deux approches différentes.
Ce qui m’a le plus intrigué, c’est la manière dont ils sont organisés. Là-bas, tu es soit pompier — donc tu interviens sur les feux —, soit paramédical, soit sauveteur, alors qu’en France, on fait les trois. Cela leur permet d’avoir des effectifs très précis. Ils sont très poussés dans chaque domaine.
Quel souvenir tu gardes de cette expérience ?
C’est un voyage qui me marquera à vie. C’était dix jours intenses, exceptionnels et, quelque part, une occasion qui ne se présente qu’une fois dans la vie : aller représenter les pompiers français dans un autre pays, plus particulièrement à New York pour le 11-Septembre… C’était tout simplement incroyable. En plus, on était un bon groupe, avec des formateurs à 200%. Encore une fois, cela nous a beaucoup aidé pour avoir une cohésion d’équipe pendant toutes ces années.
Le voyage des Pompiers13 de Sénas à New York à retrouver sur Flickr
Aujourd’hui, où en es-tu dans ton parcours et quelles sont tes envies pour la suite ?
J’ai beaucoup d’idées. J’aime toucher à plein de choses. Avant, je faisais du vélo, j’ai aussi pratiqué des sports de combat et maintenant, je suis plus tourné vers l’escalade. Je suis un peu tombé amoureux de la montagne, je l’avoue ! Sans oublier le côté paramilitaire des pompiers. Je me dis, pourquoi pas, me lancer dans tout ce qui est chasseurs alpins, CRS de haute montagne, voire peut-être PGHM (Peloton de gendarmerie de haute montagne)… J’hésite encore.
Il y a aussi le SMPM (Secours en milieu périlleux et montagne) chez les Pompiers13 qui pourrait m’intéresser. Tout dépendra des résultats de Parcoursup, si j’ai des écoles qui me plaisent… J’ai plein d’idées et je vais réfléchir à ce que je veux pour ensuite me spécialiser après l’année du bac.
Si tu devais résumer en quelques mots ce que représente pour toi le fait d’être sapeur-pompier, que dirais-tu ?
C’est une passion en or. C’est quelque chose qui m’a poussé à donner le meilleur de moi-même. Et cela, dès le début avec les jeunes sapeurs-pompiers. Cela a fait ce que je suis aujourd’hui et j’en suis fier.
Avec le recul, qu’est-ce que tu dirais à la personne que tu étais avant de devenir jeune sapeur-pompier, ou sapeur-pompier tout court ?
Je sais ce que tu penses, je sais ce que tu veux, alors arme-toi de patience et de confiance et fonce.
Je tiens à remercier mes formateurs, qui ont été là pendant ces quatre ans et qui nous ont beaucoup suivis et aidés à être ce qu’on est devenus aujourd’hui. Je parle du groupe et aussi de ma famille. C’était un engagement pour eux d’être là, de m’emmener tous les samedis, de m’accompagner dans ce projet de quatre ans. Et encore aujourd’hui, ils m’emmènent parfois à la caserne pour que je puisse prendre ma garde ! Donc je tiens à les remercier d’avoir été là… et d’être toujours là !



