Les Pompiers13 sont intervenus à Pomas, près de Carcassonne, après la tornade qui a ravagé tout un village, le 24 août 2026. Témoignages d’une mission très particulière, qui a nécessité l’intervention de l’unité de sauvetage, d’appui et de recherche.
Lundi 24 août, fin d’après-midi à Pomas. Il est aux alentours de 17h00 lorsque cette commune d’environ 1 000 habitants située près de Carcassonne est frappée par une tornade d’une extrême violence. Des centaines d’habitations sont endommagées, certaines sont même détruites et plusieurs habitants sont évacués. Rapidement, les secours sont mobilisés sur place, avec plus de 120 sapeurs-pompiers de l’Aude, appuyés par des spécialistes de la sécurité civile et des renforts venus de la zone de défense Sud. Parmi eux, un détachement Usar (Unité de sauvetage, d’appui et de recherche) des Pompiers13, qui va s’intégrer au dispositif dès le lendemain du sinistre.
« Il y a eu de vrais miracles »
« À notre arrivée, on a vu un village ravagé. Des arbres couchés, des panneaux pliés, des toitures envolées… C’était vraiment très impressionnant », confie le caporal Tristan Boiron, engagé en tant qu’équipier sur cette intervention hors département. « Le village était désertique à mon arrivée, car les routes avaient été coupées », enchaîne le lieutenant Lionel Fossati, mobilisé quant à lui deux jours après le passage de la tornade. « J’ai été impressionné par les dégâts. Je me souviens avoir vu des poutres en bois d’une charpente littéralement encastrées dans les murs d’une maison voisine ! C’est là que je me suis dit qu’il y avait eu des miracles, car il n’y a eu aucun décès. On se sent vraiment petit face à la puissance de la nature. »
Face à cette situation, le détachement des Pompiers13, mené par le lieutenant Alexandre Barde, a dû s’adapter pour agir rapidement et efficacement. « J’ai pris contact avec le commandant des opérations de secours, mais aussi le conseiller technique Usar de l’Aude », raconte-t-il. « Il a fallu comprendre les enjeux, mais aussi savoir en quoi on pouvait venir les appuyer. Il y avait essentiellement un enjeu de lecture et d’évaluation bâtimentaire d’urgence pour estimer le nombre et les degrés de désordres structurels qui étaient présents. Il y a quand même eu jusqu’à 300 habitations endommagées, dont certaines ont été détruites. »
« On a collaboré avec les sapeurs-pompiers du Tarn-et-Garonne dans le cadre de leur mission », renchérit le lieutenant Fabrice Bloch, adjoint au chef de détachement. « On a notamment procédé à des bâchages pour protéger les biens sur des habitations endommagées qui n’avaient plus du tout de toiture. » Un sacré travail d’équipe, comme lors de la recherche de deux victimes potentiellement coincées sous des décombres, ce qui a nécessité l’utilisation du nouveau radar de détection de victimes, dont les Pompiers13 sont les seuls en France à être équipés, avec les unités militaires spécialisées.
« Aller au bout des choses »
Acquis il y a quelques mois pour la somme de 40 000 euros, l’engin s’appuie sur une technologie de pointe pour identifier des « poches de vie », comme la respiration, à travers certains matériaux et orienter précisément les recherches. « Ici, à Pomas, la mission sur la mise en place du radar s’est réalisée de concert avec un passage cyno », détaille l’adjudant Olivier Piazzo, chef d’unité radar sur ce détachement. « Le conducteur canin nous explique qu’il y a un marquage de son chien qui n’est pas franc, mais qui suscite beaucoup d’intérêt dans un endroit particulier de la maison effondrée. On met alors en application le radar et on trouve un marquage positif en retour tablette, avec un mouvement faible d’une possible victime. »
« La corrélation est faite avec le conducteur canin, qui repasse sur les lieux », poursuit-il. « Le chien marque toujours de l’intérêt, donc on décide de faire venir une unité qui procède à l’enlèvement des décombres. Il s’avère que le chien a marqué de l’intérêt pour une panière de linge sale – ce qui est normal, car il est formé à l’effluve –, mais que le positif que nous avions sur le radar venait d’un bout de peinture qui était en mouvement à cause du vent. » Preuve de la sensibilité extrême de cette technologie de pointe… mais aussi de la résilience de l’unité Usar. « C’est dans l’ADN de notre spécialité », sourit Olivier Piazzo. « Même si on se doutait que c’était un faux positif, on voulait aller au bout des choses et être sûrs qu’il n’y avait aucune victime. »
Toutes les photos à retrouver sur l’album Flickr des Pompiers13
« Le sauvetage-déblaiement, c’est aussi savoir se débrouiller »
La résilience, justement, est sans aucun doute le facteur qui joue le plus dans la réussite de la mission. D’abord parce qu’elle induit un état d’esprit où l’équipe compte plus que tout. « Il y a une vraie camaraderie dans notre unité, car on se connaît pour la plupart depuis de nombreuses années, on participe à des entraînements et des interventions ensemble », relève le lieutenant Fossati. « La spécialité Usar est enseignée au niveau national. On a un champ de missions qui est le même, avec quasiment le même matériel selon les départements. Et tout au long de l’année, on participe à des actions où on se retrouve tous pour mettre en commun le matériel et échanger. Donc cela se passe de manière très simple quand on est sur le terrain, puisqu’on a la même terminologie », ajoute le lieutenant Boch.
« Nous sommes vraiment une unité basée sur la résilience », reprend Lionel Fossati. Et de continuer : « Cela se voit à travers nos entraînements et nos missions. Nous sommes formés pour ça. C’est aussi savoir montrer à la population qu’elle n’est pas seule dans ces moments-là. On travaille dans des situations souvent délicates, dans un mode très dégradé, mais on s’adapte, car on a l’habitude de travailler dans ce contexte. » Pour Alexandre Barde, « on ne doit pas être une charge pour le territoire qui nous accueille. On se doit d’être autonome et d’être résilient, car même si on met en œuvre nos techniques issues de nos doctrines, le sauvetage-déblaiement, c’est aussi le système D et savoir se débrouiller. »
S’ils ont l’habitude d’opérer en mode dégradé, les membres de l’unité Usar peuvent compter sur le soutien infaillible de la population. Pour cette intervention de longue durée à Pomas, les Pompiers13 ont notamment été hébergés dans le village voisin de Limoux. Et ils ont été accueillis comme il le fallait. « La population était très contente de nous voir arriver », souligne le caporal Boiron. « Ils nous ont déposé des bouteilles d’eau, à manger… Ils étaient toujours présents, sachant qu’il faisait quand même assez chaud ! Donc franchement, leur soutien a été d’une grande aide pour nous. Il y a eu une solidarité de toute la commune et c’est quelque chose d’important dans ce genre de catastrophes auxquelles on va devoir faire face de plus en plus dans le temps. »
« Le drame a été évité, car il n’y a pas eu de morts et, en tant qu’être humain, c’est impossible d’être insensible à cela. Mais sur le terrain, on met tout ça de côté. Il faut garder ce côté humain, mais se rappeler que le professionnel doit prendre le dessus. Les deux font qu’on va mener nos missions à bien », insiste Olivier Piazzo. Et de conclure : « La population a été l’un des premiers éléments forts de la reconstruction. Je l’ai déjà dit par le passé, mais c’est vraiment dans le pire que l’on voit le meilleur de l’être humain. »
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