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JEAN-MARIE CHETBOUN ET JESSICA DUBOIS : « LES PILOTES SONT LES DIEUX DU CIEL ET NOUS SOMMES QUELQUE PART LEURS ANGES GARDIENS »

Interviews avec Jean-Marie Chetboun, responsable du pélicandrome des Pompiers13 à Marignane, et Jessica Dubois, qui prendra sa relève le 1er octobre 2026.

Est-ce que vous pouvez vous présenter et nous raconter votre parcours ?

Jean-Marie : Je m’appelle Jean-Marie Chetboun et j’ai 64 ans. Lorsque j’étais petit, je jouais déjà avec des camions de sapeurs-pompiers. Je suis arrivé à Martigues dans les années 1970 et j’ai intégré le centre d’incendie et de secours de ma commune pour être d’abord preneur d’appels. C’est-à-dire que je prenais en compte les interventions quand on recevait encore le 18 dans les casernes. Mais cela signifiait que je ne voyais jamais ce qui se passait sur les lieux de l’intervention. J’ai donc franchi le pas en devenant sapeur-pompier volontaire puis j’ai passé le concours professionnel en 1988. J’ai fait toute ma carrière à Martigues avant de prendre ma retraite en 2020.

En parallèle de cela, j’étais affecté au pélicandrome. Il faut dire que je suis passionné d’aviation depuis que je suis jeune. Pour être honnête, je voulais même devenir pilote… mais je n’ai pas pu pour la simple et bonne raison que je suis daltonien ! C’est comme ça, c’est la vie… Je suis resté passionné par ce milieu et lorsqu’on nous a demandés il y a plusieurs années si des personnels du Sdis 13 étaient intéressés pour devenir équipiers sur le pélicandrome, j’ai immédiatement déposé ma candidature.

Quand j’ai souhaité prendre ma retraite, le lieutenant-colonel Marc Dumas, qui était chef du groupement Risques naturels et feux de forêt à l’époque, m’a demandé de rester encore un peu. Je suis donc devenu l’un des responsables du pélicandrome… jusqu’à aujourd’hui ! Le 1er octobre prochain, je passe le flambeau à Jessica.

Jessica : Je m’appelle Jessica Dubois. Je suis agent administratif, technique et spécialisé au centre de formation départemental des Pompiers13, où je travaille au sein du bureau Gestion des formations. Je suis également sapeur-pompier volontaire au groupement Risques naturels et feux de forêt, en étant affectée au pélicandrome depuis 2020. Auparavant, j’ai été volontaire à Auriol pendant une vingtaine d’années mais pour des raisons familiales, j’ai ensuite déménagé à Marignane, où j’ai eu un petit garçon, et je ne pouvais plus prendre de gardes comme je le souhaitais. C’est donc pour cela que j’ai basculé au pélicandrome. J’ai passé tous mes stages, validé toutes mes formations pour gravir les échelons jusqu’à me retrouver chef de poste. Et comme Jean-Marie l’a évoqué, je vais encore évoluer puisque je vais prendre sa succession à partir du 1er octobre.

Jean-Marie disait qu’il était passionné par les avions depuis tout petit, d’où le fait qu’il se retrouve dans son élément. Est-ce que c’est aussi ton cas ?

Jessica : Non, ce n’est pas une passion depuis petite. Mais pour moi, les pilotes sont les dieux du ciel. Et nous, nous sommes quelque part leurs anges gardiens au sol. C’est une petite fierté de pouvoir les aider à ce niveau !

En quoi le pélicandrome est important pour lutter contre les feux de forêt ?

Jean-Marie : Nous sommes un peu les pompiers de l’ombre. Mais sur le plan stratégique, un pélicandrome, c’est primordial pour lutter contre les feux de forêt. Lorsqu’il y a un incendie sur le secteur des Bouches-du-Rhône ou dans les départements limitrophes, la Sécurité civile envoie des avions chargés en retardant, notamment des Dash et des Canadair. Le but du jeu pour nous, c’est de recevoir ces avions dans un endroit bien précis afin de pouvoir les recharger en retardant pour qu’ils puissent ensuite retourner au feu.

Mais pour cela, il faut donc un personnel formé spécifiquement ?

Jean-Marie : C’est une remise en question permanente. Il faut que tout le personnel se souvienne parfaitement des manœuvres. Le moindre doute peut être dangereux car nous sommes les seuls autorisés à approcher un avion dont l’hélice est tournante pendant la recharge. Il faut donc se rappeler du moindre détail car tout se fait par geste.

Jessica : Quand on va en formation à Nîmes, les pilotes nous disent toujours qu’ils nous font intégralement confiance. Parce qu’ils ne nous voient pas le temps du remplissage. D’où l’importance d’être très sérieux.

Jean-Marie : Comme l’a dit Jessica, le pilote ne voit pas les personnels au sol et lorsqu’il se pose pour recharger, la pression retombe. C’est aussi un moment pour lui de reprendre des forces et de se relâcher quelques minutes. S’il sent qu’il y a de l’agitation au sol, il ne sera pas tranquille avant de repartir au feu. C’est un peu comme si on se passait le relai.

Je suis formateur national à la base de Nîmes, là où se font les stages. Et à chaque fin de stage, je dis à chacun : l’habitude tue. D’où le fait qu’il faut toujours se remettre en question.

Avez-vous un souvenir qui vous a marqué sur le pélicandrome ?

Jean-Marie : Pour ma part, j’ai fait partie de la journée record, avec 25 ravitaillements ! C’était en 2004.

Jessica : Moi, c’est beaucoup plus récent. Sur le feu des Pennes-Mirabeau du 8 juillet, nous avions enchaîné 17 ravitaillements. Je peux vous dire que quand vous finissez votre journée, vous êtes lessivés !

Dernière question pour Jessica : comment vois-tu la succession de Jean-Marie au poste de responsable du pélicandrome ?

Jessica : Je fais tout faire comme lui ! Plus sérieusement, on va garder les bases, ce qu’il m’a enseigné. On ne va pas changer grand-chose car il y a une super mentalité et c’est important. On se fait tous confiance : si on ferme les yeux, on sait qu’il n’y aura aucun problème les uns avec les autres.

 

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