L’activité opérationnelle des Pompiers13 a été rythmée par une forte mobilisation dans le département mais également par l’envoi de renforts dans les autres territoires, eux aussi durement touchés par les incendies d’espaces naturels.
117 000. C’est le nombre d’hectares brûlés en France du 1er janvier au 31 juillet 2026. Une donnée qui fait froid dans le dos et montre à quel point les feux de forêt ne laissent aucun répit aux sapeurs-pompiers, notamment depuis le début de l’été. Dans les Bouches-du-Rhône, la tension opérationnelle a également été importante, même si la très grande majorité des incendies ont rapidement été maîtrisés grâce aux dispositifs préventifs mis en place et à la stratégie nationale d’attaque massive des feux naissants. Retour sur un mois de juillet brûlant, que ce soit dans ou hors du département.
Une vraie « fraternité » à Fontainebleau
Le Var, la Gironde, les Pyrénées-Orientales, la Haute-Corse, les Hautes-Alpes, la Seine-et-Marne… Voici pêle-mêle les territoires sur lesquels plusieurs centaines de Pompiers13 ont été mobilisés ces dernières semaines, en plus d’assurer le risque feux de forêt et les opérations courantes dans les Bouches-du-Rhône. Le 30 juillet, 230 personnels du Sdis 13 étaient encore engagés en renfort, dont 92 en Gironde et 85 dans le Var. Adaptation et organisation deviennent alors les maîtres-mots, comme ce fut le cas pour le colonel Franck Briend, directeur départemental adjoint des Pompiers13 et présent au lendemain du 14-Juillet sur l’un des deux incendies qui ont touché la commune de Fontainebleau.
« Avec le colonel Frédéric Maggiani, nous avons été engagés pour aider les collègues de la Seine-et-Marne à assurer la continuité du commandement des opérations de secours », détaille-t-il. « Pour ma part, je me suis retrouvé sur un secteur où 1 500 hectares de forêt avaient déjà brûlé, avec de nombreuses interfaces habitat-forêt. Ma mission était donc de relever le directeur départemental adjoint de la Seine-et-Marne, qui était commandant des opérations de secours, et d’assurer le travail de nuit avec les personnels engagés. »
Le travail de nuit, justement, implique « de véritables enjeux », poursuit le colonel Briend. « Le plus important, c’est de veiller à la sécurité des personnels. Ensuite, il faut prendre en compte la configuration du terrain : la température baisse et dans notre cas, on avait la rosée qui allait arriver le matin. Tout cela ne pouvait que nous aider à lutter contre le feu et à le conserver fixé. C’était une obligation. » Pour ce faire, il a fallu « aller chercher le feu », explique-t-il.
« Dans d’autres territoires, certains collègues ont pour habitude de se positionner là où ils le peuvent pour attendre que le feu vienne à eux », continue-t-il. « Avec le colonel Maggiani, notre stratégie a plutôt été d’aller vers le feu. Pour éviter qu’il ne grignote et reprenne de l’énergie. Les groupes ont suivi cette stratégie et ont bien travaillé, d’autant qu’il y avait la coordination des moyens aériens à prendre en compte. C’était la première fois que les moyens nationaux étaient engagés sur ce secteur. Donc la gestion de ces moyens et l’organisation des transmissions radio ont aussi été de vrais enjeux pour permettre l’extinction du sinistre. »
Pour Franck Briend, le travail interservices a également joué un rôle dans la suite des opérations. « On a beaucoup travaillé avec l’ONF, qui connaît parfaitement les lieux, et cela nous a aidés. La difficulté pour nous résidait dans le fait qu’il n’y avait pas de pistes DFCI », relève-t-il, avant de remercier la population et les agriculteurs pour leur aide précieuse. « Il y a eu un vrai élan de solidarité. Une personne qui avait une maison derrière le poste de commandement a même ouvert des chambres pour permettre aux sapeurs-pompiers de se reposer la nuit. Les gens nous ont aussi amené des courses, sans savoir ce dont on avait besoin. Quant aux agriculteurs, ils ont été d’une vraie aide, notamment pour l’alimentation en eau des moyens terrestres et des hélicoptères. Là, je vais parler de “fraternité”, car c’est un mot qui n’a pas beaucoup été utilisé alors qu’ici, il a réellement pris tout son sens. »
« Les personnels ont été exceptionnels » en Haute-Corse
La solidarité des populations, le commandant Jean-Jacques Nicolaï et ses équipes ont pu eux aussi la mesurer en Haute-Corse, où ils ont notamment été mobilisés sur le feu d’Albertacce, à l’ouest de Corte. « Comme dans toutes les zones sinistrées, il y a des gens qui viennent nous aider car ils savent à quel point on travaille. Quand les populations regardent de l’autre côté de la vallée et voient un serpent orange (c’est-à-dire la constitution d’un établissement de lances par les sapeurs-pompiers) monter sur des pentes au milieu de pins laricio de 30 mètres de haut, qui s’enflamment et tombent comme des allumettes, ils sont assez impressionnés ! », sourit-il avant de remercier celles et ceux « qui ont mis de la nourriture à disposition des personnels » présents sur le chantier.
Car le chantier, lui aussi, fut extrêmement rude en Haute-Corse. Et le commandant Nicolaï, engagé en tant que chef de colonne, tient à féliciter les personnels Pompiers13 présents avec lui. « Je peux dire que je suis fier d’avoir commandé ces troupes », insiste-t-il, avec deux groupes menés par l’adjudant Cyril Bardo et le lieutenant Lionel Fossati. « On est arrivés à Corte le 15 juillet. Et juste après le repas du soir, on nous a demandé d’engager un premier groupe pour monter sur Albertacce », relate Jean-Jacques Nicolaï. « Je décide d’y aller aussi car même s’il n’y a qu’un seul groupe d’engagé, je veux savoir comment ça se passe et avoir les prémices de notre intervention. Une fois sur place, je vois le commandant des opérations de secours qui nous mobilise sur le flanc droit. On fait alors toute une reconnaissance de nuit avec l’adjudant Bardo. »
Un travail de fourmis qui porte ses fruits le lendemain matin, avec 1 200 mètres d’établissement de lances dans une zone extrêmement difficile d’accès. « Ce n’est pas dans les bouquins tout ça ! », plaisante Jean-Jacques Nicolaï, avant de poursuivre : « Il n’y avait pas d’accès, pas de piste comme chez nous dans les Bouches-du-Rhône. Et ce n’était que des pentes, avec 50 % de dénivelé sur 400 mètres… Les personnels ont vraiment été exceptionnels et je pèse mes mots. » Concernant le deuxième groupe, « même combat mais sur un autre secteur », relève le commandant Nicolaï. « Ils ont eu plus de difficulté avec une reprise du feu mais là encore, ils ont été exceptionnels. Le lieutenant Fossati est un nouveau chef de groupe sur le feu de forêt et il n’a jamais lâché ses équipes, en étant très perspicace dans ses choix. »
D’autant que la végétation, une fois de plus, est radicalement différente de celle des Bouches-du-Rhône. « Ici, la forêt est constituée de châtaigniers en jachère et au milieu desquels poussent ce qu’on appelle des pins laricio », explique Jean-Jacques Nicolaï. « Ce sont des pins endémiques, qui ressemblent à des pins maritimes mais à la différence qu’ils sont plus longs, rectilignes et plus inflammables. S’il y en a un qui part, le reste brûle. » De quoi nécessiter une adaptation de tous les instants sur un feu qui a été fixé à 300 hectares.
26 départs de feux d’espaces naturels en une demi-journée dans les Bouches-du-Rhône
Massivement engagés en renfort, les Pompiers13 ont également eu fort à faire dans les Bouches-du-Rhône, avec de nombreux départs de feux dès la mi-juin, la faute à un cocktail météorologique plus que favorable aux incendies d’espaces naturels. Le soir du 1er juillet en est l’exemple le plus frappant, avec deux incendies de grande ampleur qui se sont successivement déclarés à Rognac et Lançon-Provence. Si le premier a pu être fixé à 35 hectares, le second a mobilisé plus de ressources.
« Nous avons engagé massivement de nombreux moyens, avec notamment 220 sapeurs-pompiers, pour remplir l’objectif prioritaire qui était de protéger les habitations situées près du massif sur la commune de La Fare-les-Oliviers », indique le lieutenant-colonel Jean-Christian Tsalichis, commandant des opérations de secours ce soir-là. Si 600 personnes ont été évacuées après activation du plan communal de sauvegarde, aucune habitation n’a été endommagée et aucune victime parmi la population n’est à signaler grâce à l’intervention rapide et massive des Pompiers13, appuyés par les marins-pompiers de Marseille, des colonnes de renfort extra-départementales, italiennes et des moyens aériens qui ont repris leur chantier très tôt le lendemain.
Un travail d’autant plus précieux qu’il y avait également l’incendie de Rognac, à quelques kilomètres de là, qui mobilisait des ressources aériennes. « Nous avons dû faire face à la simultanéité des sinistres qui rendait les choses plus complexes et nous mettait en difficulté opérationnelle », tient à souligner Jean-Christian Tsalichis. « Dans la logique d’agir sur les feux naissants en priorité, nous avons demandé et obtenu en quelques minutes le déroutement des moyens aériens de Rognac vers Lançon-Provence. »
Après plusieurs heures de lutte intense, le feu a été fixé à 280 hectares mais a nécessité plusieurs jours de surveillance pour traiter les réactivations de lisières. D’autres incendies ont marqué le mois de juillet dans les Bouches-du-Rhône, même s’ils ont tous été maîtrisés rapidement, comme le 8 juillet, avec près de 370 sapeurs-pompiers mobilisés sur les feux de Grans et Châteauneuf-le-Rouge. Il est également possible de citer l’incendie de Saint-Martin-de-Crau, le soir du 23 juillet, limité à six hectares de végétation.
Ce jour-là, les Pompiers13 ont traité 26 départs de feux d’espaces naturels sur une seule demi-journée. Une forte sollicitation qui s’est ajoutée à une activité opérationnelle soutenue en matière de secours et soins d’urgence aux personnes, qui demeure la majorité des interventions des sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône.




